La latéralisation

La latéralisation

La latéralisation est un processus se déroulant au cours de l’enfance et une partie de l’adolescence qui permet à un individu de déterminer sa latéralité qu’elle soit manuelle, auditive, oculaire ou pédestre à travers plusieurs expériences. C’est aussi à travers ce processus qu’il y a une organisation de certaines fonctions c’est-à-dire la prise en charge de ces fonctions par l’un des deux hémisphères.

II.1Facteurs biologiques prédisposants

Il a été vu précédemment que plusieurs facteurs neurologiques, tels que l’asymétrie, la spécialisation et la dominance hémisphérique possèdent une influence sur la latéralité. Ces facteurs neurologiques sont souvent la conséquence de facteurs biologiques, qui jouent un rôle important dans sa détermination. Parmi eux l’on   retrouve :

La Génétique :

Les études visant à démontrer le rôle du patrimoine génétique dans la latéralité se basent essentiellement sur la latéralité manuelle et l’existence d’une stabilité du taux de gauchers dans le monde à défaut des facteurs culturels et religieux. Cela a poussé de nombreux scientifiques à relier la latéralité à des causes génétiques, notamment Annett, ayant conçu un modèle connu sous le nom du right shift theory qui date de 1995. Dans ce modèle, Annett défend l’existence d’un gène nommé RS (pour right shift « déplacement à droite » en français) constitué de deux allèles : l’un d’eux RS+ serait dominant et correspondrait à la dominance hémisphérique gauche que ce soit en ce qui concerne la manualité ou le langage. L’autre RS- serait récessif et correspondrait à l’absence de latéralisation.

A l’échelle de la population, 50% des individus porterait comme combinaison allélique RS+-, 25% RS++ et le dernier quart RS- -.

Puisque les individus possédant le RS- – n’ont aucune tendance à la latéralisation, la latéralité manuelle et la latéralisation du langage se fait aléatoirement, ce qui donnerait 12,5% de personnes gauchères, chiffre généralement accepté comme étant le pourcentage de gaucher.)

Ce modèle devait permettre d’expliquer la présence d’une majorité de droitiers au sein de la population (environ 80%). Cette théorie a été traduite en graphique permettant de mieux comprendre la distribution de la latéralité dans la population mondiale.

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Source : https://www.cairn.info/revue-developpements-2009-2-page-5.htm?try_download=1

Pourtant, ce modèle pose plusieurs problèmes, notamment le fait que la dominance d’un hémisphère ne peut pas être décidée totalement, comme dit précédemment on parle de dominance cérébrale dans une fonction donnée lorsqu’un des hémisphères est spécialisé dans l’exercice de celle-ci. Ajoutant à cela le fait qu’aucun lien n’a été prouvé entre la latéralisation cérébrale notamment celle du langage et la préférence manuelle. Annett présente pourtant cette dernière comme une conséquence secondaire de la latéralité cérébrale qui serait due au gène RS. De plus, de nombreuses recherches ont été menées sur des jumeaux. Lorsque l’on observe le taux de concordance de la manualité chez les jumeaux monozygotes, on remarque qu’il est largement inférieur au taux de concordance si le facteur génétique était le seul responsable de la latéralité, malgré le fait qu’il soit inférieur chez les jumeaux dizygotes. Ainsi, le fait que certains jumeaux monozygotes possèdent des latéralités différentes peut témoigner du fait qu’il n’existe pas d’hérédité monogénique dans la transmission de la latéralité.

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On le voit dans cette image deux jumeaux homozygotes ont 21,7% de probabilités d’avoir des latéralités manuelles différentes ce qui exclut un déterminisme génétique absolu de la latéralité.

Cependant, il reste important de noter qu’un couple de parents droitiers aurait une probabilité de 9 % d’avoir un enfant gaucher, alors que cette probabilité pour un couple de parents gauchers atteindrait environ 30 %.

Ainsi, il n’existe pas de déterminisme absolu génétique dans la transmission de la latéralité mais il existe des prédispositions génétiques pouvant fortement influer celle-ci, même si elle est soumise à d’autres facteurs.

Influences prénatales :

Il existe de nombreuses influences prénatales agissant sur la latéralité. En effet, chez le fœtus, la main droite est plus développée, ce qui augmente la préférence de succion pour le pouce droit. En effet, on remarque sur le tableau suivant la forte préférence des fœtus à sucer leur pouce droit.

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Pourcentage de fœtus suçant leur pouce droit en fonction de l’âge

Source : https://www.cairn.info/revue-enfance2-2012-1-page-97.htm

Sur 75 sujets qui ont été suivis de leur naissance à leurs 12 ans, on a remarqué que 80% de ceux qui suçaient leur pouce droit à l’intérieur de l’utérus restaient droitiers. Parmi les 20% restants qui préféraient leur pouce gauche, environ 33,3% devenaient gauchers. Cette préférence de la succion du pouce droit semble aussi venir de l’orientation de la tête. En effet, il existe une asymétrie dans la posture du fœtus, orientant dans la majorité des cas sa tête du côté droit, ce qui favoriserait le contact de la main droite avec la bouche et les gestes de cette main plus que ceux de la main gauche.

D’autres modèles ont proposé que ces asymétries posturales entraîneraient des asymétries cérébrales, notamment celui de la position intra-utérine de Prévic. Ce modèle propose que l’asymétrie hémisphérique serait la conséquence de la position fœtale à l’intérieur de l’utérus. Ainsi, puisque le fœtus possède une position asymétrique (le côté droit est libéré et le côté gauche collé à la colonne vertébrale de la mère), cela conduirait à l’asymétrie hémisphérique.

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Photographie du cerveau d’un fœtus

                Source : Desktop-lateral01.pdf

Cette photographie met en évidence la présence d’asymétrie au niveau du planum avant même la naissance. Plus tôt, il a été montré que la taille du planum jouait un rôle dans la latéralité. De plus, il a aussi été remarqué qu’il existait une asymétrie au niveau de l’artère cérébrale sylvienne chez le fœtus.

Le sexe :

Il est admis dans le milieu scientifique qu’il existe certaines différences cognitives dues au sexe.

Tout d’abord, il a été plusieurs fois démontré que les individus de sexe féminin sont plus performants dans une activité verbale tandis que les individus de sexe masculin sont plus doués dans les activités visu-spatiales. Ces différences seraient dues à la combinaison de facteurs biologiques tel que des asymétries différentes entre les femmes et les hommes combinés à certains facteurs culturels.

Certaines études cherchent à relier ces disparités avec des différences d’asymétries fonctionnelles hémisphériques entre l’homme et la femme. Pour l’instant, après l’étude des lésions sur l’hémisphère gauche chez l’homme et la femme, on a remarqué que le langage est spécialisé à gauche pour 95% des hommes droitiers et 79% des femmes droitières. En 1982, Bryden montre qu’en ce qui concerne les fonctions visu-spatiales, les hommes droitiers sont plutôt latéralisés à droite, ce qui expliquerait leur avantage dans ce type d’activité. En effet, c’est l’hémisphère droit qui est spécialisé dans les fonctions visu-spatiales. Il a aussi été remarqué que les hommes, qu’ils soient droitiers ou gauchers, étaient plus latéralisés lorsqu’il s’agit du traitement du langage tandis que les femmes droitières étaient plus latéralisées dans le traitement de sons auditifs non verbaux, c’est-à-dire des mélodies etc.

De plus, il a été montré par de nombreuses études que les femmes présentaient un plus grand pourcentage d’asymétrie inverse que les hommes.

Mais une des plus grandes différences cérébrales morphologiques concerne le corps calleux, ce qui conduirait à des différences interhémisphériques entre les hommes et les femmes. En effet, Sandra Wintelson démontra la préférence manuelle influait sur la taille du corps calleux, en sachant que la taille du corps calleux dépend du sexe. Ainsi, les femmes droitières possèdent une taille assez réduite du corps calleux à contrario des hommes gauchers qui possèdent en moyenne la plus grande taille de ce dernier.

Le modèle GBG :

Cette théorie développée par Geschwind et Behan puis par Geschwind et Galaburda, repose sur le fait que la population soit divisée en deux catégories. La première représentant 70% des individus est nommée « groupe à dominance standard » qui désigne les droitiers exclusifs, qui auraient la fonction du langage totalement latéralisée à gauche, et la deuxième représente donc 30% de la population et est appelée « groupe à dominance atypique » qui regrouperait le reste des droitiers, les gauchers et les ambidextres. Ces derniers auraient leur fonction du langage prise en charge par les deux hémisphères, tout en étant le plus souvent symétrique. De plus, ce groupe à dominance atypique présenterait plus de risques de troubles de l’apprentissage et de pathologies dyssimmunitaires. La génétique selon Geschwind ne serait pas un facteur déterminant ces deux catégories puisque d’après lui tout le monde reçoit un gène favorable à la dominance pour l’hémisphère gauche mais plutôt des facteurs environnements qui surviennent après la naissance.

Une des autres hypothèses de Geschwind entrant dans ce modèle est que la testostérone empêcherait l’existence d’une asymétrie puisque cela arrêterait la croissance du Planum gauche, ce qui favoriserait le développement de l’hémisphère droit.

De nombreuses expérimentations ont été menées et malgré les résultats concluants, ce modèle s’appuie sur un retard tardif de la latéralisation et contredit de ce fait les observations d’asymétrie hémisphérique faites chez le fœtus. Pourtant, des influences hormonales de la latéralité n’excluent pas des prédispositions génétiques qui pourraient en être à l’origine.

Modèle du gradient de maturation latérale :

Ce modèle affirme que l’asymétrie cérébrale serait déterminée par la spécialisation hémisphérique. Elle serait donc liée à l’asymétrie cellulaire lors de l’ovogenèse, ce qui favorise une croissance précoce de l’hémisphère gauche. Ce modèle s’appuie énormément sur le modèle d’Annett et donc sur l’existence d’un gène transmettant la latéralité gauche.

Ce sont ces facteurs biologiques qui influencent partiellement le processus de latéralisation.

II. 2 Développement de la latéralité au cours de la vie d’un individu

Le processus de la latéralisation, précédemment défini, commence avant même la naissance. En effet, comme nous l’avons démontré précédemment, il existe de nombreux facteurs prédisposants : le fœtus commence déjà à montrer une préférence manuelle lors de la succion de son pouce ou lors de gestes spontanés entre la 15ème et 18ème semaine. On parle donc de prélatéralité.

Après la naissance, l’acquisition de la latéralité se fait en plusieurs étapes. On commencera tout d’abord par détailler le processus de latéralisation en règle générale puis avant de s’intéresser à l’acquisition de la manualité.

La première étape se nomme la mono-latéralité ou latéralité postnatale ; les deux hémisphères travaillent indépendamment l’un de l’autre puisqu’on ne remarque aucune activité interhémisphérique avec le corps calleux. Ainsi la liaison se fait au niveau de la moelle épinière : le nourrisson a donc conscience des deux parties de son corps mais il ne réalise pas qu’une coordination ou coopération peut exister entre ces deux parties. Ensuite apparaît la duo-latéralité, vers 4 mois. C’est à cet âge-là que l’on remarque pour la première fois une collaboration entre les deux hémisphères vers le corps calleux puisque l’enfant commence à prendre les objets avec ses deux mains. Cette latéralité s’affine au fur et à mesure que l’enfant prend conscience de l’existence de ses deux mains et d’une possible coordination entre elles. Ainsi, vers 5 mois, l’enfant commence à passer les objets d’une main à l’autre. Ensuite, il y’a la bilatéralité qui commence vers 1 an et s’étend jusqu’au 3 ans de l’enfant. Les mouvements nécessitant les deux mains deviennent ainsi plus complexes, le langage se développe et l’enfant apprend à marcher. Il existe une forte coordination manuelle : une des mains est responsable de l’action et donc agit, l’autre la soutient. Vers 5 ou 6 ans, la latéralité usuelle ou fonctionnelle commence à se développer. Tout d’abord, cela se manifeste par une différenciation de l’enfant de sa droite et sa gauche à travers les activités de la vie quotidienne comme manger, se brosser les dents etc. Vers 7 ou 8 ans, il distingue cette droite et gauche dans le monde qui l’entoure en prenant toujours son propre corps comme repère et enfin entre 9 et 11 ans, l’enfant arrive à distinguer parfaitement la droite et la gauche dans le monde extérieur sans avoir besoin d’un repère. C’est vers cette période qu’apparaît, la latéralité homogène ou non-homogène, c’est-à-dire si l’enfant est latéralisé du même côté pour ses activités motrices ou si sa latéralité manuelle, podale, oculaire et auditive est différente.

Pour que l’enfant acquiert sa manualité, il rencontre deux étapes fondamentales. Cela commence par la latéralité uni-manuelle. Vers 5 ou 6 mois, il existe déjà une préférence pour la main droite mais assez instable et assez faible qui se poursuit pendant environ toute la première année de vie. En effet, lors de la première année, seulement 50% des nourrissons apparaissent droitiers. Cependant, par les facteurs sociologiques cités, la main droite est souvent la plus sollicitée, ce qui améliore ses performances. En effet, vers 7 mois, la main droite aurait une plus grande vitesse que la main gauche. Ensuite on a la latéralité bi-manuelle, qui apparait au cours de la deuxième année où l’on assiste à une coopération entre les deux mains.

Mais la latéralité manuelle telle qu’on la connait n’apparait et ne se stabilise que vers l’âge de 5 ans. La latéralisation définitive apparait vers 7 ans lorsque l’enfant commence l’apprentissage de l’écriture et utilise donc sa main préférée. Cette latéralité manuelle continue de se développer et devient difficile à modifier plus l’enfant grandit.

Certains scientifiques ont aussi attribué une dimension psychoaffective  à l’acquisition de la latéralité. En effet, la latéralité est fortement liée à la formation de l’image du corps. Ainsi, les 3 phases de la latéralité ont été associées aux 3 phases du développement psychique de l’enfant. Les 3 étapes ont été combinées et sont appelées : différenciation, automatisation et identification.

 Ainsi, divers facteurs biologiques influencent fortement la latéralité notamment la génétique, le sexe, le taux de testostérone, la position du fœtus etc. Tous ces facteurs ne sont pourtant pas déterminants de la latéralité et plusieurs autres facteurs sociologiques et environnementaux viennent s’ajouter à ces influences biologiques permettant à un individu d’acquérir sa latéralité.

II.3 Impact de la société sur l’individu

Afin de pouvoir plus facilement introduire l’influence de la société sur la latéralisation dans notre recherche, il nous a paru judicieux de nous intéresser tout d’abord à l’impact que peut avoir la société sur l’individu.

 Définition de la société :

Nous allons commencer par définir le terme « société » : Dérivé du latin «societas» qui signifie communauté , le terme société désigne en sciences sociales un groupe d’individus dont les normes, les traditions, la culture et les comportements sont  communs.

Rôle et influence de la société :

La société joue un rôle important dans le développement des différents individus qui la composent. En effet, dès sa naissance, tout individu évolue dans un certain environnement social, dans lequel il est confronté à des traditions, des coutumes et des valeurs religieuses et culturelles qui influenceront fortement la formation de sa personnalité.

Il nous paraît donc évident que dès le plus jeune âge, la société joue un rôle important et conditionne l’évolution des Hommes dont la quasi-totalité des comportements sont déterminés par leur environnement social. L’homme est, en quelque sorte, façonné par la société qui lui transmet tout ce qui n’est pas inné.

             La socialisation

 La socialisation est un processus de transmission et d’apprentissage à travers lequel tout individu acquiert les règles et les valeurs de la société. On distingue deux types de socialisation. Tout d’abord, la socialisation primaire a lieu pendant l’enfance et désigne l’apprentissage des éléments fondamentaux de la vie en société tels que la façon de parler, de manger… La socialisation secondaire, quant à elle, a lieu au cours de l’adolescence ainsi qu’à l’âge adulte. Elle consolide les normes et valeurs précédemment acquises et permet l’adaptation à de nouveaux environnements et l’acquisition de nouvelles valeurs propres à ces environnements. Cette socialisation va être assurée et assistée par des agents sociaux, notamment la famille, qui est l’institution fondamentale et qui va transmettre selon Pierre Bourdieu l’ensemble des goûts, des comportements et des manières de percevoir que l’on peut regrouper dans les habitus. D’autres agents sociaux qui interviennent dans ce processus de socialisation peuvent être l’école ou la culture de masse. Ces agents sociaux agiront en communiquant les normes “dominantes”, qui sembleront naturelles à l’individu, mais qui seront en réalité des constructions sociales. C’est notamment le cas des différences hommes-femmes, qui ne seraient pas biologiques, mais le résultat d’une éducation précise.

En effet, pour Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe) sous l’influence de l’éducation patriarcale.  Pierre Bourdieu estime que cela est également vrai pour les hommes : « On ne naît pas homme, on le devient ». D’après lui, l’identité masculine se façonne à travers une éducation composée de rituels qui intègrent la norme masculine. (Pierre Bourdieu, La domination masculine).

Pression sociale :

La société moderne actuelle est complexe, en ce sens qu’elle a pour but de créer un unique mécanisme mondial de normes, principes et valeurs, basé sur l’héritage de plusieurs cultures et traditions. En effet, la société impose des règles et des normes auxquelles les individus doivent se conformer afin d’être acceptés. C’est la pression sociale (ou l’influence sociale) qui peut être définie comme étant la pression exercée par la société sur chacun des individus qui la composent afin d’imposer des normes « dominantes. Cette pression tend à modifier les attitudes et comportements des individus afin d’uniformiser la société. Cette pression peut aussi bien être directe qu’indirecte. Dans le cas des publicités, qui poussent clairement à la consommation, l’influence sociale est directe. Dans le cas par exemple d’un individu qui souhaite intégrer un groupe, il sera amené à se conformer aux normes de celui-ci sans être la cible de pressions directes. Cette pression peut agir plus ou moins profondément, et conditionner nos comportements plus ou moins durablement. De plus, ces pressions peuvent se manifester de différentes manières dont nous définirons les plus évidentes : l’uniformité désigne le fait que l’individu accepte les normes et valeurs qu’on lui impose afin de ne pas être rejeté ; la comparaison sociale renvoie au fait qu’un individu est en éternel comparaison avec autrui ce qui peut induire une modification du comportement ; enfin, la soumission à l’autorité désigne une intégration de normes et de valeurs clamées par une figure d’autorité. Face à de telles pressions, l’individu peut réagir de deux manières différentes : Accepter l’intégration des normes sociales pour éviter d’être rejeté ou se démarquer du groupe en choisissant de garder son individualité.

II.4 Impact de la société sur la latéralisation

Comme nous l’avons vu précédemment, la société exerce une grande influence sur les individus et peut déterminer un grand nombre de leurs comportements grâce au processus de socialisation.

Comme les droitiers constituent une majorité de la population, la latéralisation à droite est considérée comme une norme sociale à respecter, ce qui est dû entre autre à des pressions culturelles et religieuses que nous évoquerons ultérieurement.  Ainsi, lors du développement d’un individu, de sa naissance à son adolescence, il existe un certain nombre de facteurs sociaux qui influencent fortement sa latéralité.

Tout d’abord, on peut dire qu’il existe un effet de mimétisme, qui se définit comme étant le fait de synchroniser son comportement avec celui de la personne imitée, qui est le plus souvent une figure d’autorité ou une célébrité.

  En effet, comme on peut voir certains enfants imiter les coupes de cheveux de leur joueur de football préféré, on peut aussi observer des enfants ayant deux parents droitiers s’orienter le plus souvent vers la main droite comme l’ont prouvé deux scientifiques en 1991, en montrant la forte concordance entre la main utilisée par la mère et celle utilisée par le bébé. En effet, selon les statistiques, 46% de gauchers ont un père et une mère qui sont tous les deux gauchers, alors que seuls 4% des gauchers ont des parents droitiers. Ces chiffres prouvent bien que l’enfant aura tendance à imiter ses parents dans le processus de latéralisation.

On peut aussi s’intéresser au phénomène de conformisme social : En effet, à l’école qui est l’endroit où la latéralité manuelle s’exprime le plus souvent, un enfant gaucher verra la plupart de ses amis utiliser la main droite, celui-ci pour marquer son appartenance à ce groupe d’amis ou à cause de pressions sociales indirectes sera incité à utiliser à son tour la main droite.

Enfin, on peut également parler de comparaison sociale : Un individu gaucher aura tendance à comparer ses performances avec celles d’un individu droitier. Si cet individu a de meilleurs résultats, cela poussera le gaucher à utiliser sa main droite (pour écrire par exemple) pour améliorer les siens.

D’autre part, les études de Michel et Harkins en 1985 ont démontré que l’apprentissage de toute activité manuelle était plus facile lorsque le pédagogue et l’élève ont la même latéralité manuelle. On pourrait donc penser que pour ces raisons, la société appelle à l’uniformité en ce qui concerne la configuration manuelle.

Ainsi, les différences naturelles entraînent souvent des différences sociales qui peuvent induire une marginalisation des gauchers puisque leur main préférentielle n’est pas celle que la société valorise.